19, 20, 21 SEPTEMBRE 2024
FRICHE LA BELLE DE MAI
& MARSEILLE
Avant de retrouver Fanny Ruwet sur la scène Humour du So good Festival, nous n'avons pas résisté à l'envie d'échanger avec cette drôle de nana débordante d'enthousiasme et de projets à venir.
Actu Festival
17/8/23

Fanny Ruwet : le phénomène du stand-up belge

À l'entendre, Fanny Ruwet s’est lancée dans le stand up pour tenter de faire passer son manque d’empathie pour du génie comique. Résultat de la manoeuvre : plusieurs événements majeurs (Montreux Festival, galas internationaux,..) et un spectacle joué aux quatre coins de la francophonie "Bon Anniversaire Jean". Parallèlement, elle officie chaque semaine sur France Inter ("La Bande Originale" avec Nagui), a participé à l’écriture de plusieurs programmes (série Drôle pour Netflix,...), produit le podcast d’interviews "Les Gens Qui Doutent", a écrit un roman "Bien sûr que les poissons ont froid" ainsi qu'un court-métrage, "Bingo", dont la sortie est prévue pour fin 2023 et planche sur l'ouverture d'un deuxième Comedy Club à Bruxelles. Avant de la retrouver sur la scène Humour du So good Festival, nous n'avons pas résisté à l'envie d'échanger avec cette drôle de nana débordante d'enthousiasme et de projets.

Tu as beaucoup de cordes à ton arc : du stand up, des podcasts, des spectacles, un livre... Comment te définirais-tu ?

J’écris des choses en essayant de retranscrire des émotions. Je préfère dire "je fais des blagues" plutôt que de me définir en tant qu'humoriste. C'est mon activité, et non mon identité. Faire des vannes, c'est ma manière de retranscrire des émotions, de transformer des choses désagréables en agréables. C'est aussi une manière de rassembler, de créer des émotions collectives. J'aime me dire que les gens se rendent compte qu'il·elles ne sont pas les seul·es à ressentir ça quand ils·elles m'écoutent.

Tu as toujours aimé faire des blagues ?

J’ai toujours été un peu boute-en-train. Je pense que ça vient de mes parents qui étaient eux aussi comme ça. Ils font beaucoup de blagues et ont toujours des réflexions complètement déplacés à des moments inappropriés, c'est merveilleux ! La blague, c’est aussi une manière de ne pas totalement assumer une émotion. Quand on me parle d'un sujet trop sérieux ou qui me touche trop, je vais avoir tendance à dire : "Tiens, et si je me mettais à jongler là !".

Pourtant, tu ne te destinais pas vraiment au milieu du stand up il me semble ...

Oui, j'ai fait des études de communication et en parallèle de mes études, je travaillais à la radio et pour des émissions web. J’avais donc déjà un pied dans les médias et la musique. Quand je suis sortie de l’école et que j’ai réalisé qu'attaché de presse allait être mon métier, j'ai compris que ce n'était pas du tout fait pour moi, ça ne m’amusait pas du tout? J'ai fait ça un temps pour payer mes factures et j’ai arrêté. Je voulais essayer de nouveaux trucs, dont le stand up. J'ai commencé et puis petit à petit, c’est devenu ce qui payait mes factures et surtout, ce qui m'éclatait.

Tu t’es tout de suite sentie à l’aise sur scène, face à un public ?

Je ne dirai pas que je me suis sentie "tout de suite à l’aise", mais j’étais convaincue d'avoir ma place sur scène. Je sentais qu'il y avait un truc à faire, que je devais creuser pour m'améliorer, pour me challenger. Et puis, en Belgique, la scène stand up est plus chill qu'en France et aussi plus jeune. On peut faire un peu plus ce qu'on veut.

Tu as remarqué de vraies différences entre la scène stand up française et belge ?

En France, on se prend beaucoup plus au sérieux ! Nous les belges, on est plus chill.  Il y a moins de concurrence, on ne se regarde pas les uns les autres. J'ai l'impression qu'on se juge moins sévèrement. Aussi, quand on essaye de nouvelles blagues, j'ai l'impression que le public est plus bienveillant et réceptif à la nouveauté. C'est peut-être dû au fait que la scène stand up est plus récente et donc moins formatée. En Belgique, nous avons moins de modèles, du coup chaque humoriste est un peu plus freestyle, et ça c’est super.

Il y a des stand-upper·euses qui t’inspirent particulièrement ?

J’aime beaucoup les stand-upper·euses anglosaxon·nes. En France, j’adore Marina Rollman, Jérôme Niel, David Castello-Lopes... De manière générale, j’aime bien les trucs un peu zinzins qui ne font aucun sens. Les gens qui vont dans l’absurde et très loin dans un style, ça me fait énormément rire.

Comment t'es venue l'idée de faire ce podcast intitulé “Les gens qui doutent” ?

Ça m'est venu en 2019, six mois après que j’ai commencé le stand up. Je reçois des invité·es qui parlent de leurs parcours en toute transparence, en évoquant leurs doutes, leurs peurs, les épisodes un peu moins glorieux qu'ils·elles ont pu connaître. J'ai invité des personnalités comme Guillaume Meurice, Pomme ou encoreThomas Wiesel à venir raconter leur histoire. On partage des réflexions profondes sur le fait de trouver sa voix, de se sentir bien. Je m'aperçois que même chez les gens très drôles, il y a toujours des brèches et c’est de ça que je voulais parler.

Tu as également écrit un livre, “Bien sur que les poissons ont froid”, paru en mars 2023 aux éditions Groupe Margot. Peux-tu nous en parler ?

C’est une idée de mon éditeur qui voulait absolument que j’écrive un livre pendant le confinement. Il me demandait régulièrement si j’avais des idées et je lui répondais “Oui, oui, des idées j'en ai plein ” alors que ... pas du tout ! J’ai fait semblant de trouver des idées, et puis j'ai fini par vraiment en avoir une. Je suis partie d'une histoire de gosthing assez classique qui m'a permis de greffer d’autres sujets comme le doute, la solitude, le fait de ne pas arriver à fiter dans des groupes. Ça m'a permis de traiter des sujets intimes autrement qu'à travers le stand up.

Te considères-tu comme une personne engagée ?

Par forcément. On m’a un peu collée l’étiquette de "l’humoriste LGBT" parce que je parlais de ma copine dans mes chroniques et dans mes spectacles. Pour moi, je parle simplement d’amour. Je ne sors pas mon drapeau de militante LGBT dès que je parle de ma vie amoureuse, mais je pense que mes sujets d’engagements sont forcément un peu disséminés dans mes blagues, en sous-marin.

Quels sont tes projets à venir ? 

Je bosse sur mon deuxième spectacle qui sera prêt pour fin 2024. En parallèle, je prépare l’ouverture d’un Comedy Club à Bruxelles. Ce sera le deuxième car j’en avais déjà ouvert un, le tout premier Comedy Club de Bruxelles ! C'est un projet super important pour moi car c'est là où j'ai commencé et là où on m'a fait confiance très vite. Je veux contribuer à ce que d'autres aient la même chance que moi. Le stand up est vraiment en train d'évoluer en Belgique, il y a autant de demande au niveau des humoristes que du côté du public. Et puis, j’adore organiser des trucs, produire des trucs... Les tableaux Excel ? C’est ma passion !

Chez So good, on et convaincu·es qu’on peut parler de sujets “sérieux” comme l’écologie, l’engagement sur un ton positif, voire humoristique. Qu’en penses-tu ? 

Je pense que tous les sujets peuvent être abordés sur le ton de l’humour. Les gens vont beaucoup plus se souvenir d’un message qui est dit sur un ton sympa. Je ne sais pas si l'humour peut sauver le monde, mais il peut aider à faire passer des messages, c'est sur.

Le So good Festival, c’est la volonté d'imaginer des solutions pour un monde meill… moins pire sur une journée. Selon toi, quels seraient les ingrédients pour faire un monde moins pire ?

Je pense qu’il faudrait trouver des solutions pour rendre l’effort individuel facile et ludique.