19, 20, 21 SEPTEMBRE 2024
FRICHE LA BELLE DE MAI
& MARSEILLE
Arthur Le Vaillant porte bien son nom. Le navigateur originaire de La Rochelle a bravé certaines des courses en mer les plus extrêmes, dont la Solitaire du Figaro en 2011 alors qu'il n'avait que 20 ans.
Actu Festival
10/8/23

Arthur Le Vaillant : rencontre avec un fou de la voile

Arthur Le Vaillant porte bien son nom. Le navigateur originaire de La Rochelle a bravé certaines des courses au large les plus extrêmes, dont la Solitaire du Figaro, en 2011 alors qu'il n'avait que 20 ans. Avant son passage au So good Festival le 15 septembre prochain, nous avons rencontré ce fou de la voile pour échanger sur sa passion pour la navigation, mais aussi ses projets musicaux et son engagement écologique pour préserver son premier amour : la mer.

Quel a été ton parcours pour devenir le navigateur que tu es aujourd'hui ? 


Je suis né à La Rochelle, sur la côte Atlantique, l'endroit idéal pour se connecter à la nature et à la mer. Mon père était navigateur et tenait une voilerie à la Rochelle où il dessinait des voiles. Quand j'étais enfant, mes nounous étaient les couturières qui confectionnaient les voiles. Puis, j'ai suivi un cursus Sport Étude Voile au collège et au lycée et j'ai préparé les compétitions internationales de Planche à Voile, dont les Jeux Olympiques. En parallèle, je naviguais avec mon père. Il ne m'a jamais poussé à devenir navigateur pour faire comme lui, mais j'imagine que l'envie m'est venue en l'observant et en partageant des moments forts avec lui. Un jour, l'envie m'a pris de partir un peu plus loin que ma ligne d'horizon.

Quelle a été ta première grande navigation ?


À 18 ans, j'ai décidé d'arrêter la planche à voile et de participer à la Solitaire du Figaro. C'est une des courses au large les plus intenses car les participant·es passent environ un mois en mer avec un cycle de sommeil très perturbé. Pour ceux qui font du triathlon, c'est un peu l'équivalent d'un Iron Man. J'ai monté mon projet pour participer à cette course, j'ai trouvé des sponsors et à 20 ans, j'étais prêt à me lancer. J'étais le benjamin de l'édition et je me suis classé meilleur "bizut" lors de la quatrième et dernière étape, ce qui est vraiment pas mal pour un novice en solitaire !

Qu’est-ce que cette course t’a apporté humainement ?


C'est le genre d'expérience qui permet de mieux se connaître et d'appréhender ses limites physiques et mentales. Le corps et le cerveau ont une capacité d'adaptation incroyable. Dans des conditions extrêmes, on apprend à écrouter davantage ses sens. Moi qui n'avais jamais pris de drogues, après quatre jours en mer sans dormir, j'ai commencé à avoir des hallucinations complètement dingues !

Quand est-ce que tu as commencé à t'intéresser plus sérieusement à la cause environnementale  ?


J’ai eu un gros accident en 2011 lors d’une régate à Majorque. J’avais 22 ans et j’ai failli perdre l’usage de mon bras. J’ai mis plusieurs années à m’en remettre, durant lesquelles je n'ai pas pu naviguer, ce qui m'a conduit à sortir de mon milieu. J’ai vécu à Paris et j’ai fréquenté d’autres sphères où j’ai rencontré des artistes, des militants, des scientifiques… Cela m'a permis de mieux comprendre le monde, les dynamiques politiques, ect. afin de mieux m’engager. J’ai pu reprendre la navigation et les courses en 2016 et je suis reparti sur une Solitaire du Figaro. J’ai alors pris la décision d’arrêter de mettre en avant des sponsors et des marques qui n’étaient pas en accord avec mes valeurs.

Aujourd’hui, comment est-ce que tu allies ta passion pour la navigation avec ton engagement ?


Ce n'est pas une chose simple, car la compétition et la performance font rarement la paire avec le respect de l'environnement.  Néanmoins, j'ai lancé certaines actions pour tenter de définir un sport plus soucieux de l'impact environnemental. J’ai ainsi crée “Mieux”, une association pour aider mes sponsors à mieux s’engager auprès des personnalités comme moi. J’ai également fondé, aux côtés d'autres navigateurs comme Paul Meilhat et Gwénolé Gahinet, l'association La Vague qui a pour but de transformer le sport afin d'être plus en phase avec les enjeux climatiques et repenser le concept même de performance. L'idée est d'imaginer un sport qui ne soit pas le plus performant mais le plus résilient et le plus utile à la société. Enfin, j'ai créé Sailcoop, une coopérative de transport de passagers à la voile ayant pour but de créer des liaisons entre la France et les îles pour inciter les gens à se déplacer à la voile.

Quel est ton plus beau souvenir de navigation ?


J’en ai beaucoup ! J'ai en tête des moments très forts et très beaux en équipage, lorsque tout fonctionne et qu’on arrive à être en osmose. J'ai également en tête de très beaux souvenirs en solitaire, lors des traversées de l’Atlantique, une fois passées les tempêtes et les dépressions, lorsqu'on voit le ciel se fondre dans la mer… Ce sont des moments privilégiés où on réalise la chance qu’on a de faire partie de ce monde là.

À côtés de la navigation et de ton engagement pour le climat, tu t'es également lancé dans la musique. D'où t'es venue cette envie ?


Je me suis en effet lancé dans la musique il y a 3 ans. J'ai sorti un premier EP en 2020 et je devrai en sortir un nouveau d'ici la fin de l'année. Je naviguais un peu moins ces dernières années et j'avais envie de côtoyer d'autres univers, comme celui de la musique. Mes chansons parlent d'amour, de rencontres mais aussi bien sur de nature et d'aventures en mer.

Qu'est-ce que tu nous réserves pour le 15 septembre prochain au So good Festival ?

Je vais animer une table ronde aux côtés de Julie Gautier, Christian Clot, Pierre Boissery et Jean Viard, entre autres. Le but de cette table ronde est de vulgariser les différents enjeux liés aux écosystèmes marins et de trouver des solutions heureuses pour agir pleinement sur son territoire. Ce sera aussi l'occasion de parler d'art et d'aventure !